Mon blog par Gilles Savary

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 14 février 2012

Le sinistre avertissement d'Athènes

Ce qui vient de se passer à Athènes sonne comme un avertissement sinistre à la voie prise par l'Union Européenne. Que l'on soit pro ou anti européen, la construction européenne avait à son actif l'éclatante réussite d'avoir apaisé le continent européen.

Un tournant inquiétant vient de se produire à Athènes. Des décisions internes à l'Union Européenne y ont suscité des scènes d'émeutes et de révolte populaire sans précédent depuis la signature du Traité de Rome. Pour la première fois de son histoire, l'Union Européenne vient de lever un peuple contre elle et contre ses dirigeants allemands et français.

Il y a des moments où l'on assiste impuissants à un basculement de l'Histoire tellement évident et prévisible que l'on se demande comment des dirigeants peuvent y être à ce point aveugles et indifférents. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le Traité de Versailles nous a pourtant enseigné que la loi des puissants ne suffit pas à garantir la paix.

Il est évident depuis plusieurs mois que la médecine de cheval que le couple franco-allemand assène aux Grecs, n'a d'autre issue que d'en aggraver le mal et de pousser le peuple grec au désespoir.

Les cures de rigueur qui lui sont infligées, non seulement privent la Grèce des ressources nécéssaires au remboursement de sa dette nationale, mais sont insoutenables par un peuple et une économie raisonnablement incapables de converger en quelques années vers les standards allemands. Les Allemands les premiers devraient le comprendre, eux qui n'ont pas encore réussi à aligner l'ex Allemagne de l'est sur les performances de l'ouest, malgré des efforts et des sacrifices prodigieux.

Il en est pour les Grecs, comme il en sera pour les Portugais, les Espagnols ou même les Français.

Si c'est cet objectif que poursuit la Chancelière allemande, on mesure la faillite politique de la France d'y avoir adhéré et de ne pas avoir offert aux Européens une alternative politique à ce suicide de la généreuse idée européenne.

Quel peuple peut accepter une baisse de 25 à 35 % de ses salaires, une saignée de ses fonctionnaires qui a pour premier effet d'augmenter le chomage, une augmentation brutale de ses impôts et une rupture du contrat social sur ses pensions? Imagine-t-on qu'un tel effort puisse être demandé aux Français sans qu'ils bronchent et nourrissent une violente aversion pour l'Europe?

La même jour ou le parlement grec, sous curatelle de Merkel et de Sarkozy, était sommé de voter ces mesures, les Grecs apprenaient que les patrons du CAC 40 français avaient vu leurs revenus croître de 34 % en 2011.. Une telle indécence, au sein d'un ensemble européen qui prétend à l'union de ses peuples, est une machine infernale à produire du populisme et du néo nationalisme de masse.

Les Grecs ont besoin de temps pour se redresser et seul un moratoire sur une dette qu'ils ne rembourseront jamais leur aurait permis de gagner ce temps précieux nécéssaire à un nouveau départ, comme jadis l'Argentine ou le Mexique.

Au lieu de quoi, le visage de l'Europe est aujourd'hui celui des matraques et des bombes lacrimogènes.

Il n'est pas d'exemple de Régime politique qui résiste longtemps à l'incompréhension et au rejet de ses peuples. Ce que l'Europe est en train de faire là bas est aux antipodes de son fragile projet fondateur. Et la perspective d'une Grèce en sécession européenne s'offre en modèle aux régimes néo nationalistes et populistes qui relèvent la tête en Europe Centrale..

Elle ne tardera pas de contaminer tout le Continent si une autre politique ne fait pas entendre une voix forte à Bruxelles. Et la paix n'y est pas une rente de situation si assurée pour que l'on n'y prenne garde.

Ce n'est pas le moindre des enjeux de la campagne présidentielle française.

jeudi 2 février 2012

Quand Sarko confond logements et placements

Le projet opportuniste de relance du logement annoncé par Nicolas Sarkozy sent le lobby du Batiment à plein nez !

Augmenter les Droits à construire de 30% revient à permettre aux promoteurs et propriétaires de foncier de s'affranchir des règles d'urbanisme actuelles en édifiant 30% de bâti en plus de ce qui est actuellement autorisé, soit un ou plusieurs étages de plus, voire un petit pavillon sur un terrain à constructibilité limité. En d'autres termes Nicolas Sarkozy essaye de nous faire croire que les nantis et les promoteurs de Neuilly vont édifier subitement des HLM dans leurs jardins! Il ne doit décidémment plus consulter Mme Bettencourt ! Sans parler du renchérissement providentiel du prix du foncier qui va s'ensuivre !

Du coup, c'est le secteur du BTP et les propriétaires de terrains plutôt que les mal logés qui ont matière à se réjouir de pouvoir construire plus de résidences haut de gamme, ou des résidences plus grandes, là ou le marché des hauts loyers est porteur.

Au passage, le Président annonce une baisse des Droits de mutations qui constituent l'une des dernières recettes fiscales des Collectivités locales qui tiennent à bout de bras ce qu'il reste de financement du logement social.

S'il s'agit de logement plutôt que de placements, c'est de logements accessibles aux 3,5 millions de français en situation de mal logement dont nous avons besoin.

Il est vrai que le système actuel de financement de logements trés sociaux est à bout de moyens sous l'effet de ciseau de la paupérisation croissante d'une part importante de la population française et du renchérissement du prix du foncier. Du coup, on assiste à un phénomène préoccupant de ségrégation géographique, les plus modestes de nos concitoyens étant chassés des agglomérations pour s'implanter dans les zones rurales éloignées auxquelles le Gouvernement a précisémment supprimé les aides au logement social ( zone 3).

Outre la proposition de François Hollande de mettre les friches de l'Etat à disposition gratuite pour alléger la charge foncière, trois réformes seraient nécéssaires:

-concentrer les aides publiques à la pierre sur les logements trés sociaux ( actuels Prets locatifs aidés d'insertion) en veillant à ce qu'ils ne financent pas exclusivement des foyers collectifs mais aussi et surtout des logements familiaux , la majorité de la gamme actuel de logements dits "sociaux" n'étant plus accessible aux familles en difficultés.

-rendre obligatoire par voie législative la mise en place d'établissements publics fonciers départementaux spécialisés dans l'acquisition de terrains et d'immeubles vétustes à fin de programmes de logements sociaux.

-renforcer les dispositifs de prise en charge des garanties et cautions exigées des locataires pauvres grâce à une Caisse publique de Consignation de tout ou partie des Garanties actuellement versées aux propriétaires bailleurs...

Sans doute d'autres réformes, dont celle de l'allocation logement, trop généreusement distribuée à des publics non nécéssiteux de familles aisées seraient également bienvenues, sans oublier un dispositif de subrogation préfectorale à l'encontre des Communes , voire des Communautés de Communes qui enfreignent manifestement l'obligation de 25% de logements sociaux prévue par la loi SRU.

Bref, ce qui manque cruellement dans l'annonce tonitruante de Nicolas Sarkozy, c'est.. une politique du logement à l'intention des français qui ne peuvent plus y accéder.

Mais quand le batiment va, tout va ! N'est-ce pas ?

lundi 30 janvier 2012

Déni de Campagne

Hier soir, de toute sa hauteur d'éternel Président répugnant à se méler de la basse besogne électorale, Nicolas Sarkozy nous a administré un numéro politique encore inédit dans la République.

Il y avait les "cents jours" aprés l'élection présidentielle, au cours desquels le Président élu profitait de l'état de grâce conféré par le scrutin pour engager les réformes essentielles d'une mandature. Depuis hier soir , il y a les cents jours "avant" où , avec son inénarrable aplomb , Nicolas Sarkozy nous a présenté comme des évidences impérieuses , l'urgence de légiférer fébrilement dés Février , sur des sujets qu'il néglige depuis 4 ans et 9 mois, mais qui ne peuvent visiblement attendre les 90 jours qui nous séparent de l'élection présidentielle..

Certes, on en voit bien la ficelle : il s'agit de déminer hâtivement les thèmes de campagne de François Hollande sans entrer en campagne, pour pouvoir dire aux français : il y a ceux qui agissent et ceux qui promettent d'agir.



Cet usage de la fonction présidentielle , à un terme si proche d'une élection cardinale, constitue un grossier et inédit abus de pouvoir.

Il y a un temps pour les grandes réformes et un temps pour le débat démocratique. Sur des thèmes aussi importants que ceux du coût du travail, de notre Droit du travail et de la négociation sociale, de la politique du logement social, de la réindustrialisation de la France, de la Réforme fiscale et de la politique de la jeunesse, un aveu de carence aussi tardif du Président sortant ne se règle pas par des initiatives législatives de sauve qui peut, mais en confrontant devant les français des propositions politiques pour la mandature qui va s'ouvrir en Juin.

C'est à de telles confrontations d'idées, à la recherche de leur légitimation par les urnes, que servent précisémment les campagnes électorales en démocratie..

Hier soir, le Président, visiblement ébranlé par les prestations de François Hollande, et au prix d'un démenti total des arguments d' Alain Juppé lors de son débat face à Hollande, a simplement décidé de dérober au débat public des thèmes majeurs de la campagne Présidentielle, en les " expropriant" du débat électoral.

C'est évidemment une forme de hold up démocratique sous le sceau d'une urgence tardive qui n'abuse personne, mais c'est également trés préoccupant d'engager le pays sur les propositions visiblement improvisées qui ont été présentées hier soir par un Président manifestement inquiet et désabusé.

En tout cas, il est temps que la Droite accepte de descendre dans l'arêne électorale et mette un terme à cette comédie présidentielle, qui menace désormais d'abîmer un peu plus la France.

jeudi 26 janvier 2012

Coup de mou

Sidérantes les confidences de Nicolas Sarkozy sur son éventuel retrait de la politique.. Avant même son entrée en campagne, il se projette en retraité heureux de l'Elysée et de la politique au lendemain d'un discours de lancement exceptionnellement réussi de François Hollande.

Le moins que l'on puisse dire est que ces indiscrétions apparaissent pour le moins impromptues, au moment, délicat pour son camp, où elles interviennent. Du coup, la Droite, déjà empétrée dans des commentaires oiseux et accablés de la prestation de François Hollande, en a éprouvé immédiatement un sérieux coup de blues. L'espoir en a manifestement changé de camp!

Comment interpréter un tel détachement apparent du pouvoir de la part du Président sortant, dont la réputation est celle d'un intraitable bagarreur de campagne?

La presse la plus finaude des affaires politiques n'a pa su discerner s'il s'agissait de l'anticipition d'une défaite, ou d'une manoeuvre sophistiquée.

Mais de quelle manoeuvre?

Le coup du chantage -"retenez moi, où je m'en vais"- se conçoit d'une personnalité adulée ou jugée irremplaçable, mais tel n'est pas le cas de Nicolas Sarkozy qui doit au contraire affirmer un tempérament et une détermination d'acier pour remonter la pente d'une popularité en berne.

Il est plus probable qu'il a réalisé avec le discours du Bourget que la Droite ne pourrait plus se satisfaire de caricaturer la personnalité d'un François Hollande qui s' impose comme le meilleur candidat de la Gauche depuis François Mitterrand.

C'est peut-être la première fois depuis 2007 que Nicolas Sarkozy ne monopolise plus l'espace politique et médiatique et court après un autre que lui-même.

Cette inflexion intervient au moment fétiche où se cristallisent généralement les intentions de vote à l'élection présidentielle.

Sa réaction est peut etre sincère et simplement humaine. En cela elle serait respectable, mais tellement inappropriée aux qualités d'endurance et de combativité que l'on attend d'un candidat à ce niveau, et si peu conforme à sa personnalité!

La seule manoeuvre qu'elle pourrait utilement préparer serait qu'il se dérobe finalement à la candidature, mais ce serait placer la Droite dans une extrême difficulté au point, remarquablement maitrisé, où en est la dynamique de campagne de Hollande..

Le plus probable est que Nicolas Sarkozy ait exprimé par imprudence ou inadvertance le désenchantement qui a sidéré son camp face à une Gauche qui a enfin trouvé un authentique présidentiable au Bourget.

Ce coup de mou de la Droite est peut-être le tournant de la campagne!

dimanche 22 janvier 2012

Un grand discours français

Indiscutablement, le discours du Bourget de François Hollande restera dans les annales des grands discours de campagne. Intimiste sur la personnalité et la trajectoire du candidat, on y a retrouvé le grand souffle de l'épopée Républicaine française. La Gauche a désormais un pilote dans l'avion, et la France y a trouvé un grand leader politique.

Côté mise en scène, les totems d'appareil cèdent la place à une symbolique française décomplexée. La Gauche a pris la mesure, enfin, de la présidentialisation du système..

C'est un coeur de Gauche qui a parlé français ! Finie la langue de bois, les figures imposées, les références en boucle à Jaurès et Blum, les vieux stéréotypes et les tabous thématiques. François Hollande s'est situé dans la France d'aujourd'hui dans le Monde d'aujourd'hui, en lui ouvrant de claires perspectives de Gauche, mieux que ne l'ont jamais fait les ratiocinations nostalgiques des multiples conventions et congrès du PS de ces dernières années.

Au Bourget, il a fait "deux en un": un grand discours français, et un grand discours de rénovation de la Gauche.

Il en a pris tous les risques, sans démagogie, sans anti-sarkozysme primaire, sans surenchères racolleuses, assumant le nucléaire comme l'un des trois piliers de la politique énergétique française, louant l'initiative économique et les entreprises qui investissent en France, prenant des engagements fermes de maîtrise des finances publiques, remettant le PS sur les rails de l'Europe avec des accents Deloriens, déclarant la guerre à la grande et petite délinquance, avec le sens inné de l'équilibrisme qui le caractérise.

Mais c'est sur les thèmes de l'égalité, de la justice, de l'avenir de la jeunesse française qu'il a décliné par le menu ses différences avec la Droite, mettant en perspective historique les grandes permanences et continuités de l'identité républicaine française, de la Révolution française à celle de 1848, en passant par l'école publique de la III ème République, le Conseil national de la Résistance les suppliciés de Tulle et l'esprit de liberté de Mai 1968..

En déclarant une guerre de libération nationale contre l'impérialisme de la finance internationale, il a désigné son "seul" adversaire, loin de la lutte des classes à la papa.

Aujourd'hui François Hollande s'est approprié le destin de la France, plus encore que la Gauche !

Oui, messieurs les flagellateurs de Droite : ce soir la France rêve d'une autre politique !

dimanche 8 janvier 2012

La TVA Sociale : mauvaise réponse à une bonne question

La Droite est aux abois..Mais elle reste la Droite.Le nouvel épisode de la TVA sociale en constitue la caricature.

Alors que la désindustrialisation et les plans sociaux se multiplient, Nicolas Sarkozy vient d'annoncer la mise en place d'une TVA sociale new look rebaptisée taxe anti-délocalisation, puisqu'elle aurait le double effet apparent de financer une part des charges sociales des entreprises implantées en France et par conséquent d'en alléger le coût du travail , et de taxer les produits importés qui constituent 30% de la consommation française. Une bénédiction en somme pour l'économie française!

Il est peu contestable que certaines entreprises françaises , fortement exposées à la concurrence internationale, comme les entreprises de transport routier international par exemple, sont pénalisées par un coût français du travail trés supérieur à leurs concurrents, dû notamment à l'importance des prélèvements sociaux sur le travail. En Allemagne, par exemple, le coût du travail est souvent inférieur avec des salaires presque toujours supérieurs qu'en France.



Du coup, il n'est pas incongru de se poser la question de savoir comment réduire le coût du travail sans pénaliser le salaire, c'est en dire en finançant autrement les prélèvements sociaux que sur le travail, au moins dans les secteurs exposés à la compétition internationale, étant entendu cependant que le coût du travail n'est qu'un élément, et pas le plus décisif, de la compétitivité d'une économie. Pour autant une réflexion sur ce sujet ne doit pas etre tabou.

Là où Sarko fait fausse route, c'est en prétendant protéger les emplois français en ré-exhumant son projet enterré de TVA sociale. Ce projet est triplement indésirable:

- Au plan macroéconomique d'abord . Il intervient aprés la mise en place de 32 taxes sous la Présidence Sarkozy, aprés un premier relèvement du taux de base de la TVA, aprés une augmentation généralisée des tarifs de service publics, aprés un relèvement scandaleux des amendes de la circulation et tutti quanti. De cette folle politique, découle précisémment la récession dans laquelle est entrée la France qui se traduit par un cortège affolant de fermeture d'usines et de pertes d'emplois. Si on y ajoute la TVA sociale, elle aura les effets exactement inverses que ceux qu'elle prétend avoir.

-Au plan des entreprises, elle va certes réduire le coût du travail, mais elle va surtout réduire le pouvoir d'achat de leurs clients et finalement se retourner contre elles, dans un contexte où, précisémment, c'est le déclin du pouvoir d'achat des français qui plonge le pays dans la crise.

-Au plan fiscal, Sarko persiste dans sa politique injuste et socialement explosive de multiplication frénétique des taxations indirectes et forfaitaires, qui reviennent à faire peser les prélèvements indistinctement et également sur les pauvres comme sur les riches, c'est à dire à exiger plus des pauvres par rapport à leurs revenus.Cette politique est non seulement injuste, mais irresponsable car elle porte en germe une décomposition de la Société française..

Dans cette affaire de coût du travail français, on ne parle jamais des bénéfices des entreprises et des dividendes versés aux actionnaires, dont il n'apparait pas qu'ils souffrent eux de la concurrence internationale, ni vraiment de la crise.



Du coup, si l'on veut alléger le poids des charges sociales sur le coût du travail, sans compromettre la croissance, ni aggraver la pauvreté et les dépenses sociales, tout en améliorant la compétitivité des entreprises, c'est en changeant l'assiette des cotisations et en la transférant là où s'est déplacée la valeur dans nos sociétés de spéculateurs, c'est à dire en les asseyant sur les dividendes et les produits financiers non réinvestis.

La Gauche devra avoir ce courage, fusse au prix d'une expatriation temporaire des rentiers.

La France de la Révolution s'est remise de l'émigration de l' aristocratie d'ancien Régime.

Le temps qu'ils réalisent que le monde extérieur n'est pas si accueillant..et que des capitaux étrangers préfèrent malgré tout rester dans notre bonne vieille France.